Jeux

Droit d’auteur : l’industrie des jeux vidéo s’oppose à une exemption pour les jeux en ligne abandonnés

Craignant une utilisation frauduleuse

Au début de ce mois, Blizzard s’est attaqué à un serveur legacy de World of Warcraft (WoW) créé par des fans, estimant que cela constitue une violation de ses droits d’auteur. Blizzard Entertainment a sorti son jeu vidéo de type MMORPG (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) en novembre 2004. Depuis lors, plusieurs extensions de WoW ont vu le jour, au point où ce qu’est le jeu aujourd’hui est complètement différent de ce qu’il était lors de sa première sortie.

WoW a connu un énorme succès à ses débuts et a donc marqué un bon nombre de joueurs. Heureusement pour eux, les joueurs nostalgiques qui appréciaient encore les premières éditions de WoW pouvaient toujours découvrir comment le jeu était joué il y a plus de dix ans et relancer les vieilles batailles. Cela était possible grâce à des projets de serveurs legacy créés par des fans, comme Light’s Hope. Ces dernières années, ce projet a conquis le cœur de dizaines de milliers de fans de WoW ; ce qui n’a pas du tout réjoui Blizzard qui y voit maintenant une menace. L’éditeur de jeux vidéo a donc pris position contre ce serveur legacy populaire de World of Warcraft, qu’il considère en violation de ses droits d’auteur.

Cette action de Blizzard s’aligne toutefois avec la position de l’ensemble de l’industrie US des jeux vidéo qui a récemment exprimé son opposition à une exemption DMCA actuellement étudiée par le Bureau américain du droit d’auteur.

Pour information, le Digital Millennium Copyright Act (DMCA) est une loi américaine dont le but est de fournir un moyen de lutte contre les violations du droit d’auteur. Le Bureau américain du droit d’auteur étudie actuellement la possibilité d’assouplir les dispositions anti-contournement du DMCA, qui empêchent le public de « bricoler » des contenus et dispositifs protégés par DRM. Ces dispositions sont renouvelées tous les trois ans pour prendre en compte divers arguments et demandes du public. Et cette année, l’un des principaux sujets à l’ordre du jour est la mise en place d’une exemption pour les des jeux en ligne abandonnés.

Le bureau fait déjà des exemptions de contournement DMCA afin de permettre à certains jeux de rester accessibles. Cela permet notamment aux bibliothèques, archives et musées d’utiliser des émulateurs et d’autres outils de contournement pour préserver et rendre accessibles les vieux jeux classiques pour les générations futures. Mais à la fin de l’année dernière, plusieurs fans de jeux, y compris le Musée d’Art et de Divertissement Numérique (MADE), une organisation à but non lucratif opérant en Californie, ont plaidé pour une extension de cette exemption aux jeux en ligne, y compris les très populaires jeux de type multijoueur comme WoW qui nécessitent une connexion à un serveur en ligne. « Bien que l’exemption actuelle ne la couvre pas, la préservation des jeux vidéo en ligne est maintenant essentielle », a écrit MADE dans son commentaire au Bureau américain des droits d’auteur. Cependant, pour les éditeurs de jeux vidéo, c’est beaucoup trop demander.

La semaine dernière, l’Entertainment Software Association (ESA), qui agit pour le compte de grands éditeurs de jeux tels qu’Electonic Arts, Nintendo, Ubisoft et bien d’autres, s’est opposée à la demande d’exemption DMCA pour les jeux en ligne. L’ESA a demandé au Bureau américain du copyright de ne pas accorder d’exemption pour préserver les jeux en ligne abandonnés pour les générations futures, soutenant que les bibliothèques, les musées et leurs affiliés pourraient exploiter un tel droit à des fins commerciales, et ainsi faire de la concurrence directe à d’autres jeux.

« Les partisans [de cette exemption] parlent de "légères modifications" à l’exemption existante. Cependant, c’est loin d’être le cas », a déclaré l’ESA. Et de préciser qu’ils « demandent l’autorisation de s’engager dans des formes de contournement qui permettront la recréation complète d’un environnement de jeu vidéo hébergé et qui rendront le jeu vidéo accessible au public. » Pire encore, poursuit l’association des éditeurs de jeux vidéo, ils « demandent la permission de se faire aider par une légion d’affiliés dans leurs activités. »

L’ESA prévient que les modifications demandées permettraient et faciliteraient l’utilisation frauduleuse des œuvres des éditeurs. Elle craint en effet que des tiers tels que MADE reproduisent les serveurs de jeu et permettent au public de jouer à ces jeux abandonnés, et en général moyennant de l’argent. MADE, par exemple, fait déjà payer le public (10 $) pour accéder à son musée afin de pouvoir jouer à tous les jeux pendant toute une journée. Si c’est certes une somme forfaitaire, cela peut être considéré comme une utilisation commerciale dans le cadre du DMCA, ce que souligne l’ESA. « [En vertu du DMCA], l’exposition publique d’œuvres protégées par droits d’auteur pour générer des revenus est une utilisation commerciale, même si elles sont entreprises par un musée sans but lucratif », a déclaré l’association représentant des éditeurs de jeu.

L’ESA souligne également que ses membres font déjà des efforts pour relancer eux-mêmes les jeux plus anciens. Elle estime en effet qu’il existe un marché dynamique et en croissance pour les jeux « rétro » que les éditeurs de jeu s’efforcent à soutenir. Par conséquent, les éditeurs exhortent le Bureau américain du droit d’auteur à maintenir le statu quo et rejeter toute exemption pour les jeux en ligne. « Éliminer les limitations importantes que le Registre a fournies lors de l’adoption de l’exemption actuelle risque d’entraîner une violation à grande échelle et des dommages importants au marché », ont-ils averti.

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