Désormais, les applications peuvent vous suivre même après leur désinstallation

En utilisant les notifications push sous iOS et Android

Il semble que le suivi publicitaire relatif à une application ne se limiterait plus au cadre où l’application est installée sur le périphérique de l’utilisateur sous iOS et Android. Le tracking continuerait même lorsque l’utilisateur désinstalle l’application. C’est ce que nous a appris Bloomberg dans un article, le lundi dernier.

En effet, depuis quelques d’années déjà, les entreprises du Web collectent de plus en plus de données personnelles sur les utilisateurs par le biais de leurs applications Web à des fins d’amélioration de leur expérience utilisateur comme elles l’énoncent fièrement dans leur politique de confidentialité. En réalité, il s’agit pour l’essentiel d’utiliser les données personnelles de l’utilisateur pour lui envoyer des publicités personnalisées selon son historique de navigation et ses habitudes d’achat en ligne comme dans les boutiques physiques.

Ce phénomène avait été annoncé quelque peu par l’échec du projet Do-Not-Track, par ailleurs peu contraignant au départ, puisque les sites étaient entièrement libres de tenir compte ou non des demandes de l’utilisateur. Pour rappel, Do-Not-Track consistait à envoyer un header spécial qui indique aux sites visités par l’internaute qu’il ne souhaite pas être tracé ni profilé. Trois états sont possibles : « je ne veux pas être tracé », « j’accepte d’être tracé », et « je n’ai pas de préférence ». Après la décision de Microsoft de configurer par défaut Internet Explorer 10 sur « je ne veux pas être tracé », Yahoo ! et la Fondation Apache ont par exemple annoncé qu’ils passeraient outre au motif qu’il ne s’agit pas d’un choix exprimé par l’utilisateur lui-même mais par Microsoft. Des groupes influents du Web ont réussi à vider le projet de son contenu initial, le conduisant à l’échec, en le détournant en leur faveur.

Des entreprises peuvent dorénavant construire des systèmes dont le seul but est de suivre les utilisateurs par tous les moyens et où qu’ils soient pour leur montrer des annonces publicitaires en fonction de leur historique de navigation et leurs habitudes d’achat.

A titre d’exemple, en septembre 2017, Facebook avait testé deux nouveaux outils qui permettent de pister un tiers dans le monde physique. L’objectif était de savoir quelles boutiques l’individu fréquente et mettre l’information à profit pour adapter le contenu publicitaire à lui afficher en ligne. En effet, le premier outil, « Store visits », permet à un commerçant de recevoir un signalement lorsqu’une personne ayant cliqué sur une publicité qu’il a publiée au sein de Facebook se retrouve dans sa boutique physique. Le second outil qui est complémentaire au premier, « offline conversion tracking » sert à mesurer l’impact d’une campagne publicitaire menée au sein de Facebook sur des achats dans des boutiques physiques.

Cependant, il semble que, dorénavant, ce harcèlement se ferait, même, avec les applications désinstallées du périphérique de l’utilisateur, selon Bloomberg. Revoir apparaître partout une application désinstallée il y a une ou deux semaines ne serait pas une coïncidence, ce serait l’œuvre des développeurs qui ont trouvé des moyens de retrouver les utilisateurs ayant désinstallé récemment un logiciel donné en jouant sur iOS et Android pour continuer à diffuser des annonces pour le compte de l’entreprise dont le logiciel a été désinstallé.

Selon Bloomberg Businessweek, Adjust, AppsFlyer, MoEngage, Localytics et CleverTap font partie des entreprises proposant des suivis de désinstallation, généralement intégrés à un ensemble plus large d’outils de développement au profit de certaines entreprises dont T-Mobile US, Spotify Technology et Yelp ainsi que Bloomberg LP, société mère de Bloomberg Businessweek.

Ce changement inquiète les critiques qui affirment qu’une réévaluation des droits de confidentialité en ligne est nécessaire afin d’encadrer l’utilisation que les entreprises peuvent faire des données des utilisateurs. « La plupart des entreprises de technologie ne donnent pas aux gens des choix de confidentialité nuancés, s’ils leur en donnent, du tout » déclare Jeremy Gillula, directeur de la politique de technologie à l’Electronic Frontier Foundation, défenseur de la vie privée.

Cependant, certains fabricants de ces outils de suivi de désinstallation contestent leur utilisation à des fins de diffusion d’annonces. Les outils sont conçus, selon les développeurs, pour amener les utilisateurs à réinstaller l’application désinstallée. Cependant, Ehren Maedge, vice-président du marketing et des ventes chez MoEngage Inc. à San Francisco, les fournisseurs des outils de suivi de désinstallation ne devraient pas outrepasser l’usage prévu. « Le dialogue se situe entre nos clients et leurs utilisateurs finaux », a-t-il déclaré. « S’ils enfreignent la confiance des utilisateurs, tout ne se passera pas bien pour eux. »

Selon Bloomberg, les outils de suivi de désinstallation exploitent les notifications push silencieuses qui est un élément nécessaire dans les OS Mobile d’Apple et Google et utilisées déjà par les développeurs pour envoyer un ping aux applications installées à intervalles réguliers sans alerter l’utilisateur, par exemple pour actualiser une boîte de réception ou un flux de média social pendant que l’application s’exécute en arrière-plan. Par conséquent, si l’application n’envoie pas de réponse au ping, cela suppose qu’elle a été désinstallée et enregistrée en tant que telle. Cette procédure permet d’identifier facilement le téléphone et de diffuser des annonces à l’utilisateur où qu’il soit.

Selon Alex Austin, PDG de Branch Metrics Inc., concepteur de logiciels pour les développeurs mais qui ne développe pas d’outils de suivi, l’utilisation des notifications push silencieuses est en violation des politiques d’Apple et de Google. « C’est en général un peu hasardeux de suivre les internautes une fois qu’ils ont décidé de ne plus utiliser votre produit », a-t-il déclaré, en espérant que ces sociétés mettront fin à leurs pratiques.

Selon Jeremy Gillula, les outils de suivi de désinstallation ne devraient être utiles que pour corriger les bogues ou affiner les applications sans importuner l’utilisateur. Selon Gillula, l’usage intrusif de Google et d’Apple relève des inconvénients de l’Internet moderne. « En tant que développeur d’applications, je m’attendrais à pouvoir savoir combien de personnes ont désinstallé une application », déclare-t-il. « Je ne dirais pas que, en tant que développeur d’applications, vous avez le droit de savoir exactement qui a installé et désinstallé votre application. »

Ecrit par Stan Adkens

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